Réforme ANC 2022-06 : charges exceptionnelles, compte 678 et reclassements à sécuriser
Les charges exceptionnelles ne se traitent plus comme un simple réflexe de saisie en compte 67. Avec le règlement ANC n°2022-06 applicable à partir du 1er janvier 2025, leur définition se resserre et plusieurs opérations autrefois isolées en exceptionnel rejoignent désormais des comptes courants. Pour un comptable, un dirigeant ou un étudiant, l’enjeu reste le même : qualifier correctement l’opération et éviter une erreur de présentation ou de traitement fiscal.
Identifier une charge exceptionnelle sans confondre rareté et exception comptable
Une charge exceptionnelle correspond à une charge qui ne relève pas du fonctionnement normal de l’entreprise, soit parce qu’elle résulte d’un événement majeur et inhabituel, soit parce qu’elle est exceptionnelle par nature selon le Plan Comptable Général. La réforme portée par l’ANC renforce cette logique : une dépense imprévue, élevée ou désagréable n’est pas forcément exceptionnelle.
Comprendre les charges exceptionnelles
Le critère central : un fait majeur et inhabituel
Le caractère exceptionnel suppose une rupture avec l’activité ordinaire. Un sinistre important, une restructuration non récurrente ou une opération très éloignée du cycle d’exploitation peuvent entrer dans cette analyse. À l’inverse, une pénalité fournisseur, une créance devenue irrécouvrable ou un litige client peuvent être inhabituels pour le dirigeant, mais rester liés à l’exploitation normale de l’entreprise.
La question utile à se poser est simple : l’opération aurait-elle pu survenir dans le cadre habituel du métier ? Pour un commerçant, une démarque, un impayé ou une casse ponctuelle relèvent généralement de l’exploitation. Pour une société industrielle, la mise au rebut d’un équipement à la suite d’un événement exceptionnel peut demander une analyse plus fine, surtout si l’impact est significatif au regard de la taille de l’entreprise.
Isoler l’événement sans déformer la performance
Une bonne qualification comptable consiste à isoler l’événement sans déformer le résultat. Si cet événement est clairement documenté, sans lien avec la mécanique habituelle des ventes, des achats ou de la production, le classement en exceptionnel peut se défendre. Si l’isolement masque surtout des frictions ordinaires du métier, même coûteuses, il donne au contraire une image trop flatteuse du résultat d’exploitation.
Comptes à utiliser : ce qui change avec le règlement ANC n°2022-06
Avant la réforme, la classe 67 regroupait largement les charges exceptionnelles, avec notamment les comptes 671 pour les opérations de gestion, 675 pour les valeurs comptables des éléments d’actif cédés, 672 pour les charges sur exercices antérieurs et 678 pour les autres charges exceptionnelles. Depuis l’entrée en vigueur du nouveau cadre, l’usage se recentre fortement autour du compte 678 et du compte transitoire 672.

Avant / après : les reclassements à surveiller
| Opération | Ancien réflexe courant | Traitement à privilégier depuis la réforme |
|---|---|---|
| Pénalité ou amende liée à l’exploitation | 671 | Compte de charges courantes adapté, selon la nature |
| Dons et libéralités | 6713 | Reclassement dans un compte de charges courantes approprié, par exemple 657 selon le cas |
| Créance irrécouvrable | 6714 | Compte de pertes sur créances irrécouvrables lorsque le lien avec l’exploitation est établi |
| Valeur nette comptable d’une immobilisation cédée | 675 | Reclassement hors exceptionnel automatique, selon la nouvelle présentation comptable |
| Événement réellement majeur et inhabituel | 67 selon sous-compte | 678 autres charges exceptionnelles, si la qualification est justifiée |
Ce tableau ne remplace pas l’analyse de la nature exacte de l’opération, mais il aide à éviter l’erreur la plus fréquente : conserver les anciens automatismes du compte 671 ou du compte 675 alors que le plan de comptes applicable a changé. Le point de vigilance porte surtout sur les écritures récurrentes, souvent reclassées par habitude alors qu’elles relèvent désormais des comptes courants.
Le rôle particulier du compte 672
Le compte 672 conserve une utilité transitoire pour certaines charges sur exercices antérieurs. Il ne doit pas devenir un compte fourre-tout pour corriger discrètement des erreurs de classement. En pratique, il sert à enregistrer provisoirement des charges rattachées à un exercice précédent, avant leur ventilation dans les comptes par nature. À la clôture, le compte 672 doit être soldé : il n’a pas vocation à rester apparent comme une catégorie autonome de charges exceptionnelles.
Effets sur le compte de résultat et les soldes intermédiaires de gestion
L’un des changements majeurs de la réforme est la suppression de la distinction traditionnelle entre résultat courant et résultat exceptionnel dans le compte de résultat. Cette évolution modifie la lecture des performances : des charges qui étaient auparavant isolées en bas de compte de résultat peuvent désormais influencer plus directement les agrégats d’exploitation ou de gestion courante.
Règlement officiel ANC 2022-06 sur le plan comptable général · Texte officiel modifiant le règlement ANC n° 2014-03 relatif au plan comptable général.
Pourquoi cette réforme change l’analyse financière
Pour un dirigeant, un banquier ou un investisseur, le résultat exceptionnel permettait de neutraliser rapidement certaines opérations non récurrentes. Sa réduction oblige à lire davantage le détail des comptes et, le cas échéant, l’annexe. Les soldes intermédiaires de gestion peuvent être affectés lorsque des charges auparavant classées en exceptionnel sont reclassées en charges d’exploitation ou en autres charges de gestion courante.
Cette évolution améliore la comparabilité si les reclassements sont cohérents, mais elle demande plus de rigueur dans les commentaires de clôture. Une baisse de marge ou d’excédent brut d’exploitation peut parfois provenir d’un reclassement comptable, pas uniquement d’une dégradation opérationnelle. Il reste prudent de documenter les principaux mouvements lors de la première clôture concernée.
Le bon réflexe de transition
Lors du passage au nouveau traitement, il est utile de reprendre les écritures habituellement enregistrées en 671, 675 ou 678 et de les trier par nature : exploitation, financier, fiscal, immobilisations, événement réellement exceptionnel. Ce travail peut être formalisé dans une table de correspondance interne afin que la saisie reste homogène tout au long de l’exercice.
- repérer les comptes 67 utilisés les années précédentes ;
- identifier les opérations récurrentes qui ne doivent plus être isolées ;
- documenter les cas maintenus en 678 avec une justification claire ;
- contrôler que le compte 672 est soldé à la clôture ;
- expliquer les impacts significatifs sur les SIG et la liasse fiscale.
Traitement fiscal : déductibilité et réintégrations à ne pas oublier
Le classement comptable d’une charge ne garantit pas sa déductibilité fiscale. Une charge exceptionnelle peut être déductible si elle est engagée dans l’intérêt de l’entreprise, correctement justifiée, comptabilisée dans l’exercice concerné et non exclue par une règle fiscale spécifique. À l’inverse, certaines charges comptabilisées doivent être réintégrées extra-comptablement.
Amendes, pénalités et sanctions
Les amendes et pénalités infligées par une autorité administrative ou fiscale sont un point de vigilance classique. Même si elles sont enregistrées en comptabilité, elles ne sont pas nécessairement déductibles du résultat imposable. Une amende fiscale de 500 euros ou de 5 000 euros, par exemple, doit être analysée selon sa nature : sanction non déductible, pénalité contractuelle, indemnité commerciale ou rappel de charge.
En cas de contrôle, la justification doit être précise : courrier de l’administration, décision de justice, contrat, facture, procès-verbal, calcul du montant et motif de l’écriture. Selon l’ACOSS, le montant moyen d’un redressement URSSAF pour une PME était de 18 000 euros en 2023 ; ce chiffre rappelle l’intérêt de conserver une piste d’audit solide, même pour des opérations ponctuelles.
Charges anciennes, sinistres et créances irrécouvrables
Une charge relative à un exercice antérieur n’est pas automatiquement déductible sur l’exercice de découverte. Il faut distinguer l’erreur, l’omission, la facture reçue tardivement et l’événement réellement né pendant l’exercice. Pour une créance irrécouvrable, la déductibilité suppose notamment de prouver le caractère définitif de la perte : liquidation du client, certificat d’irrécouvrabilité, démarches de recouvrement restées infructueuses.
Exemples d’écritures et points de contrôle avant clôture
Les écritures dépendent toujours de la nature exacte de l’opération, mais quelques cas illustrent la méthode de raisonnement à adopter.
Exemple 1 : amende non déductible
Une entreprise reçoit une amende administrative de 500 euros. Comptablement, elle enregistre une charge selon le compte adapté à la nature de la sanction. Fiscalement, si cette amende entre dans les sanctions non déductibles, elle devra faire l’objet d’une réintégration extra-comptable dans la liasse fiscale. L’écriture ne suffit donc pas : le traitement fiscal doit être suivi séparément.
Exemple 2 : cession d’une immobilisation
Une société cède un véhicule pour 5 000 euros alors que sa valeur nette comptable est de 7 000 euros. L’écart économique doit être traité dans le cadre des règles applicables aux immobilisations, sans conserver automatiquement l’ancien réflexe du compte 675 comme charge exceptionnelle. La réforme impose de raisonner par nature et de vérifier la présentation retenue dans le plan de comptes.
Exemple 3 : sinistre important
Un sinistre détruit une partie significative du stock ou d’un équipement. Si l’événement est majeur et inhabituel pour l’entreprise, un classement en charge exceptionnelle peut être envisagé, notamment via le compte 678. Il faudra toutefois rapprocher la charge des éventuelles indemnités d’assurance, conserver les constats, rapports d’expertise et justificatifs, puis expliquer l’incidence sur le résultat.
Avant de clôturer, le contrôle le plus efficace reste simple : chaque charge qualifiée d’exceptionnelle doit pouvoir être défendue en une phrase claire, appuyée par une pièce probante. Si l’explication ressemble à « cela n’arrive pas souvent », elle est probablement insuffisante. Si elle démontre un événement majeur, inhabituel, correctement daté et indépendant de l’activité normale, le classement devient beaucoup plus solide.
- Réforme ANC 2022-06 : charges exceptionnelles, compte 678 et reclassements à sécuriser - 16 août 2026
- Vente au personnel : pourquoi le seuil de 30 % change le traitement social et fiscal - 15 août 2026
- Kbis ou avis Sirene : quel justificatif fournir selon votre statut, sans payer inutilement - 14 août 2026



